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Atelier d'écriture UTLIB Novembre 2019

Le GOÛT DES MOTS

LE GOÛT DES MOTS est une collection que dirige Philippe Delerm aux éditions du Seuil, et qu’il présente ainsi :

« LES MOTS QUE J’AIME ».

« Pour leur sens, leur sonorité, et le plus souvent pour le rapport de la musique avec l’idée, de la cadence avec l’imaginaire. Les mots que j’aime. Pour le pouvoir qu’ils ont sur moi, et pour l’écho que je leur donne. Les mots qui touchent, ceux qui font sourire. Et ceux que je déteste, quelquefois.»

MERCI aux participants de l’atelier d’écriture qui ont apporté leur contribution à cette collecte de textes inspirés par Le goût des mots, et issus de la séance du 18 novembre.

Bonne lecture !

Tourbillons

 

TOURBILLON

Tourbillon. C’est un mot qui danse, virevolte, un vent qui décoiffe, une déferlante qui emporte.

Un mot de jeu de jambes, de feux follets irisés, de lucioles dans la nuit.

Un mot tumultueux, pétaradant, le vacarme de la tôle déchirée par la fureur du vent, des enseignes arrachées, des vagues furibondes.

Tourbillon. C’est un mouvement qui donne le désir de se réveiller, l’élan de se lever, le courage de s’ouvrir, de s’épanouir, de s’envoler plus haut, encore plus haut, vers un ciel dépourvu de doutes et de peurs.

Aller vers le limpide, le doux, le cristallin, le détendu en soi, autour de soi.

Atteindre le noyau serein et tourbillonnant en soi.

Aller dans son centre, où tout est calme et vivant, dans le tourbillon de la joie intérieure.

Dehors, sur les hauteurs de Taïpei, le typhon fait rage, et nous, dans notre petite chambre d’étudiants, nous sommes là, à rire à gorges déployées, à capturer des moments de joie, à donner du sens à la vie et au monde. Les couleurs, les langages se mêlent et s’entremêlent. Chinois, Français, Coréens, Péruviens, Malgaches… tous installés au milieu de nos douceurs gastronomiques nationales et de nos convictions personnelles, nous avons le pouvoir de modeler nos pensées, de bousculer nos traditions, de nous réinventer.

Notre esprit s’envole, notre imaginaire se déploie, et dans le bruit et la fureur alentour, nous avons la liberté de recréer le monde à notre image. Hors du temps et de l’espace, au diapason de la nature, nous sommes unis dans une même énergie de folie et de puissance sauvage.

À l’abri. Juste dans le tourbillon de la vie.

Macha

CHOCOLAT

Je suis né d’une fève de cacao loin d’ici en Amérique du Sud et Centrale, qui suis-je ? Vous avez deviné ? 

Je suis le Roi Chocolat.

Vous pouvez me trouver sous différentes couleurs.

Noir plus ou moins fort pour les puristes, les gourmets et les gourmands.

Au lait : noir au lait mélangé pour les enfants et ceux qui aiment la douceur.

Blanc, chocolat détourné mais qui attire, que je suis beau au milieu du noir !

Roi Chocolat, je suis de toutes vos fêtes, mais aussi en cadeau. Je suis votre ami et vous aimez me partager.

Je suis de tous vos souvenirs : chocolat chaud de vos petits déjeuners, et goûters.

Chocolat volé dans la boîte décorée, que vous approchiez avec retenue, la main avide de me saisir.

Chocolat noir râpé sur vos tartines beurrées du goûter, un délice.

Chocolat de vos premiers émois amoureux dévoré les yeux dans yeux.

Chocolat des Maîtres chocolatiers travaillé avec amour.

Dans les milieux avisés on parle de moi comme d’un bien

inestimable. Certains me travaillent avec art, l’imagination est fertile je vous assure… ils gagnent même des concours !

J’ai des vertus médicinales quand je suis noir. Je vous observe, vous donnant bonne conscience, reprendre en cachette un carré et vous délecter.

Je n’oublie pas de vous rappeler les succulents gâteaux que vous pâtissez pour vos desserts.

Que dire des cuisiniers qui me font fondre dans des sauces ô combien succulentes !

Dépêchez-vous de me croquer avant que quelqu’un d’autre ne le fasse, car vous seriez chocolat !

Martine

CONSIGNE

Consigne, depuis quand ce mot m’interpelle déjà ? Ah oui je me souviens, un soir quand mon fils est rentré de CE1 en me parlant des consignes de la maîtresse. Dans mon jeune temps, comme on dit, il y avait des questions sur la leçon, un énoncé pour un problème, mais consigne n’était pas dans le vocabulaire de l’enseignant pour les devoirs voire même en classe.

Consigne, c’était la valise que mon père laissait le matin dans un casier fermé à clé à la gare afin qu’elle ne prenne pas le train de nuit sans nous au départ des vacances, quand on partait pour voir la mer. Consigne, c’était la bouteille de lait en verre vide que ma mère me confiait pour l’épicier et que je transformais en bonbecs fabuleux comme dit Renaud.

Consigne, ça existait à l’école, c’était quand j’avais fait une grosse bêtise. J’étais consigné en retenue, comme ma valise enfermée dans son casier, en attendant de voler sur mon vélo pour me jeter dans les bras de ma mère. Je devais écrire cinq cents fois : «Je ne dois pas renverser mon encrier sur le cahier de mon voisin », à l’encre et avec un buvard sous la ligne pour ne pas tacher ; une tache et tu recommençais tout. Du coup la maîtresse elle était un peu consignée aussi et tu l’avais rien que pour toi pendant la surveillance alors, si elle était jolie, des bêtises tu en faisais souvent bien sûr.

Pour le problème j’ai aidé mon petit garçon à sortir son cerveau de la consigne pour voyager dans le train de son imagination. Il a trouvé la solution tout seul mais ce n’était pas la bonne consigne alors la note n’a pas suivi.

Quand on entre en apprentissage est-ce qu’on signe pour respecter la consigne ou est-ce qu’on signe pour dépasser la consigne ? Cela pourrait faire sans doute l’objet d’un devoir au bac philo.

Mais que lis-je ? Pas plus de 1500 signes, une marge de 4 cm.

Des consignes. Alerte, fuyons !

Blue eyes

EMPATHIE

Un cri du cœur !

Nouvelle assertion que l’on entend par-dessus les toits entre antennes de radio et réseaux numériques, elle entre par toutes les portes, promue comme bonne à tout faire.

Un mot comme un emporte-pièce, nouvel outil de communication, qui nous définirait comme humains au même titre que certains animaux ou... l’inverse.

D’ailleurs mon chien n’est-il pas un humain quand il vient manifester son inquiétude alors qu’il m’entend tousser et tenter d’extraire le petit pois avalé de travers ?

Impressionnée je fus par cet élan spontané, inattendu, que je sentais si réconfortant.

Quand j’eus compris ce qui se disait dans l’empressement de ses coups de langue et de ses sauts sur mes genoux, comme une réelle attention anxieuse et compassionnelle, j’en fus émue. Enfin un être qui se préoccupe de ma personne ! Puis j’ai pensé : mon chien est sans doute plus humain que nous autres avec nos confusions raccourcies entre l’empathie et nos craintes d’être une bonne pâte ?

Nomade

GARGANTUA

C’était un personnage, une figure, un ogre, un bon vivant.

Obélix avant l’heure, sa potion magique était le vin, il engloutissait avec démesure les plats, les pâtés, rôtis, volailles, poissons, ces mets délectables qui chatouillaient ses papilles et remplissaient sa panse.

Pas besoin d’interrogatoire musclé, ni de garde à vue, pour qu’il se mette à table.

À l’époque de Rabelais, on ne vivait pas au rabais.

Aujourd’hui, Gargantua n’a plus la cote, même si Depardieu en est le digne héritier.

Au pays des stars et des Top-Models, Gargantua n’est plus bankable.

Mauvaises habitudes alimentaires, malbouffe, les obèses sont vilipendés.

Régimes miracles, crèmes amincissantes, balances connectées, les gros consomment avec boulimie ces produits, qui dégraissent surtout leurs bourses.

Que faire dans ces conditions quand son Indice de Masse Corporelle est au zénith ?

Entre sarcasmes de l’entourage et anorexie, le choix est difficile à digérer.

Alors, Gargantua, prends garde à toi !

Karel

LA PLUIE

« Le ciel menace, disait-elle ».

De larges gouttes comme des perles de cristal s’abattaient sur la vitre, le ciel se décolorait. La pluie redoublait, frappait, cognait, rebondissait, crépitait, s’alliait au vent pour mieux piétiner le potager, exploser les mirabelles, hacher les fleurs, éclabousser la prairie et dans ce courroux, l’orage éclatait en une violence qui effrayait. Au loin, la montagne s’assombrissait et les pins sylvestres dansaient en une folle chorégraphie.

« Ne vous approchez pas de la fenêtre ! » ordonnait-elle.

Le fracas assourdissant d’un ciel colérique nous faisait craindre la fin du monde. Ainsi l’imaginions-nous dans notre innocence. Les bougies et les lampes de poche étaient sorties en prévision. Dans les bourrasques de pluie et le grondement du tonnerre, nous comptions le temps qu’il fallait à l’éclair pour éclater en un bruit terrifiant. Alors, pliés en deux, dos courbés, nous nous bouchions les oreilles en un réflexe puéril. « Il pleut à seaux, soupirait-elle ».

La pluie se calmait dans le tip top d’une chanson douce. Le grondement s’éloignait. Le ciel s’éclaircissait. Le soleil vainqueur perlait la pluie fine. L’arc-en-ciel apportait sa bonne humeur dans un ciel apaisé.

« C’est le diable qui bat sa femme et marie sa fille, plaisantait-elle ».

Nous l’interprétions comme une autorisation à décrocher nos pèlerines et nous glisser dans nos bottes en caoutchouc. Nous sortions en trombe dans le jardin pour tourbillonner comme des toupies, les bras en croix, ploc ploc avec bonheur dans les flaques. L’après pluie emplissait nos poumons de cette odeur si particulière et légèrement musquée d’humus. Nos bateaux en origami empruntaient la rigole creusée par la pluie entre deux rangées de laitues et les escargots toutes cornes dehors embarquaient pour le voyage. « Après la pluie, le beau temps, souriait-elle ». Il flottait un air de renouveau dans l’été de nos vacances.

Tiquini

RASOIR

Le rasoir à travers les âges

Papa, quelque peu ironique : Mais tu as une barbe de quinze ans ! Et quelques jours après, un rasoir mécanique m’est offert. Rien à voir avec le vieux rasoir couteau de grand-père. C’est moderne, de la qualité ! Acier inoxydable, bouton au bout du manche ouvrant magiquement le réceptacle à lames Gilette grand confort. Bref, un système performant qui assure, en un rien de temps, une peau lisse et nette. L’opération étant menée, c’est important, dans la plus grande sécurité.

Le grand moment arrive, le rasage proprement dit. Il est essentiel de s’enduire de savon à barbe. Il ne s’agit pas de lésiner, j’en mets une très grande quantité, de la barbe à papa plein les joues ! Une difficulté survient : comment éviter les boutons d’acné lorsqu’ils sont camouflés par quelques centimètres de crème chantilly ? Je trouve éprouvante cette expérience saignante. Alors le rasoir devient abattoir, aiguisoir, alésoir, piquoir, mouilloir et mouroir ! Pourtant, il faut s’y faire, se résigner, c’est la loi du genre…

Mais, le Dieu consommation veille… Un nouvel artefact arrive sur le marché : le rasoir jetable ! Il est en plastique avec des couleurs criardes, flashy, voire fluo. Le progrès s’impose. Je range mon rasoir mécanique au fond d’un tiroir et j’adopte le jetable bien plus moderne comme affirme la publicité sur une des trois chaînes existantes.

Prise de conscience... La propension à consommer ne passera pas ! Je cherche une solution à la fois moderne et pérenne et j’opte pour le rasoir électrique. C’est bien. Cela fait un ziiiiiiip continu et va très vite ! Au fond du tiroir mon vieux rasoir ronchonne : opération vite menée certes, mais le travail est mal fait et même bâclé ! Je me regarde de près. Il n’a pas tout à fait tort !

Premier émoi. Premier rendez-vous. Il est important d’avoir une peau nette qui attire bises, bisous et autres poutous. Alors côté tonte, je sors le grand jeu : d’abord le rasoir électrique, qui va vite, puis le rasoir mécanique pour finaliser soigneusement l’opération.

Rasoir, belle histoire, espoir, balançoire, que ferons-nous dans le boudoir ? Hélas, la belle m’a trouvé rasoir ! Et n’a plus voulu me voir… Qu’ai-je pensé dans mon désespoir ? Simple : et si j’essayais la barbe !

Petro-Ivo

SÉRENDIPITÉ

J'ai du mal avec certains mots.

Je n'arrive pas à me souvenir précisément de ce qu'ils recouvrent.

Parfois, c'est le contraire : j'ai une vue très nette de ce qu'est la chose, mais le mot m'échappe.

Cela peut être passager, il reviendra plus tard.

Cela peut aussi être un de ces mots que je n'arrive pas à mémoriser quels que soient mes efforts ou les stratégies que je mets en place pour m'en souvenir.

Pour certains, à force d'obstination, ça finit par payer : je sais ce qu'ils signifient et quand la chose se présente je peux les dire, je ne les ai pas oubliés.

Mais pour d'autres, l'échec est total et je m'interroge sur mon incapacité à les retenir.

Pourquoi, mais pourquoi me fuient-ils ?

Qu'est-ce que je leur ai fait pour qu'ils m'en veuillent autant ?

M-J

ZANZIBAR

Allons z’y à Zanzibar !

Zanzibar : une explosion de sensations, des sonorités qui cristallisent le lointain, l’évasion, le risque aussi, peut-être…

L’oreille est chatouillée par le gentil zézaiement de bambins qui aiment à s’attarder dans le giron maternel.

Il s’en dégage des effluves de zan, réglisse de mon enfance, et surgit soudain sur la langue, son goût voluptueusement piquant et addictif.

Des images s’infiltrent à travers ces trois syllabes : les danses de Zizi Jeanmaire au Casino de Paris, paillettes et froufrous sur chorégraphies endiablées.

Le bar des Voyageurs n’est qu’à quelques rues du cabaret. Une ambiance feutrée vous accueille sur ses banquettes de cuir pelé par l’assiduité des joueurs de belote. En fond sonore, montent les paroles de la chanson Partir à Zanzibar du groupe Starshooter.

On y croise des routards repus de souvenirs et d’images colorées, les yeux encore tournés vers des horizons exotiques ou perdus dans un voyage intérieur qui les isole, les protège du commun des mortels soumis aux injonctions d’un quotidien étriqué.

Rêveuse, devant ma tasse de café de Tanzanie, je brûle de leur demander : « Êtes-vous allés à Zanzibar ?

Améthis

Parfum de soupe, parfum de vie.

Ce jour-là fut comme une révélation pour le jeune adolescent qu’Étienne était devenu.

Sa maison se situait à la sortie du village, à l’arrière elle donnait sur les champs, enfin ce qui en restait.

Alors qu’il marchait sur le chemin qui menait au loin dans les bois, balade qu’il faisait souvent depuis plus d’un an que la guerre était finie, la neige se mit à tomber en petits flocons légers virevoltant dans l’air vif du matin. Il s’arrêta pour contempler ce qui fut un désastre, un champ de ruine, une terre meurtrie par des batailles qui lui avaient volé son père. Il se souvint comment sa mère avait lutté tous les jours pour les faire vivre sa sœur et lui, comment elle s’était débrouillée pour que tous les soirs une soupe chaude les attende devant un feu de cheminée en hiver, soupe claire le plus souvent, mais si réconfortante pourtant de la famille réunie. Elle savait créer des petits bonheurs simples, inventer des histoires, raconter des anecdotes de son enfance, mais imaginer l’avenir restait encore audessus de ses forces.

Il en était là de sa rêverie quand il sentit une présence auprès de lui, sa sœur Lucie et une amie, Jeanne, étaient venues le rejoindre. Il vit l’expression attentive de sa sœur et dans les yeux noirs de Jeanne danser une flamme rousse qui lui réchauffa le cœur. Et cette neige qui tombait maintenant en gros flocons, recouvrant le chemin, recouvrant la campagne, recouvrant les cicatrices, les entourant tous les trois d’une atmosphère ouatinée, donnait à ce moment un air de paradis, une sensation de suspension du temps, et le sentiment que ce qui était enfin traversé pourrait désormais laisser place à un avenir. Un nouveau regard sur cette étendue immaculée, une nouvelle plongée dans le regard de Jeanne, il savait maintenant quel était son combat.

Il se tourna vers les deux jeunes filles, les invita à rentrer chez eux, il inviterait Jeanne à déguster avec eux la soupe de citrouille de sa mère qui devait déjà emplir la maison de son agréable parfum, et ce soir, ensemble, ils parleraient de l’avenir, il dirait ses projets, ils créeraient du bonheur.

C. V.

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